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français/english
« Miracle-Oracle »est conçu
comme un poème. L’instant d’un moment, les mots sont là… Il faut
alors aller vite, très vite, et les coucher sur papier.
Cet instant de grâce s’est produit le 3 février 2010 vers 17 heures… J’étais à Dubrovnik sur le vieux port… J’étais désemparée car depuis trois jours mon voyage ressemblait plus à un choc qu’à une redécouverte d’un pays familier. La veille au soir, j’étais partie en bus de la Croatie pour passer la frontière bosniaque et me rendre à Medjugorje, le village des apparitions de la Vierge depuis 1981. J’avais l’habitude de m’y rendre étant enfant.
Dans le bus, la nuit et la peur assombrissaient peu à peu mon esprit. Trois check points avec contrôle d’identité avant une longue attente à la frontière… En attendant nos visas d’entrée, les chauffeurs avaient les traits tirés. Les visages, autour de moi, étaient tendus. Nous étions une dizaine à nous rendre dans différents villages bosniaques. À part deux jeunes femmes turques, les voyageurs étaient tous du pays. Personne n’avait l’air de vouloir parler, peut-être même, d’ailleurs, que personne ne parlait l’anglais… Impossible de savoir, on ne répondait pas à mes questions. C’est en arrivant à Mostar que les visages se sont peu à peu décrispés. L’une des jeunes femmes turques m’a alors proposé un gâteau salé, que j’ai accepté. Elle parlait parfaitement
l’anglais, mais n’avait pas ouvert la bouche du voyage parce que, m’expliqua-t-elle, elle avait été terrorisée durant ces dernières heures. Au dernier check point, le contrôle de son passeport avait été plutôt rude… Maintenant, elle souriait, elle me souriait, et son sourire calmait mes angoisses. Le chauffeur, le plus petit des deux, est aussi venu vers moi… Il me répétait inlassablement : « Medjugorje ! Medjugorje ! » Il se voulait rassurant. J’entendais à travers ces cris du cœur : « Vous êtes sauvée ma petite, le plus dur est derrière nous ! »…
Le trouble ne m’a plus quittée jusqu’à mon retour précipité en France… Mais, pour l’instant, j’étais bien là, seule, perdue dans un pays où la nuit assombrissait ma vision.
En prenant mon billet aller-retour Dubrovnik-Medjugorje, je n’avais pas compris que je passerais par Mostar… Je ne voulais pas passer par cette ville… Mostar m’évoquait toujours 1992 et l’amer souvenir d’un court séjour de ma famille à Medjugorje, en Yougoslavie… À cette époque-là, la guerre faisait rage… Mais le destin parfois en décide autrement. J’ai donc eu la vision, parcellaire et nocturne, d’une ville qu’une guerre a dévastée vingt ans plus tôt. Mon esprit fragilisé par la peur a, alors, totalement plongé… Mon regard parcourait les murs des maisons dont les impacts de balles étaient autant de constellations. Une maison rénovée, immaculée de peinture fraîche et dix maisons maculées de trous béants et ainsi de suite…
Il était 21 heures lorsque je suis enfin arrivée à Medjugorje. J’étais la seule à descendre à cet arrêt. La nuit était plus profonde encore, le froid de la campagne me glaçait le cœur. Je n’ai eu aucun mal à trouver mon hôtel. Comme les chauffeurs me l’avaient indiqué, il se situait juste à côté de la gare routière. C’est Dragan, un homme grand et bien bâti, qui m’a accueillie avec un chaleureux sourire. Il avait l’air d’un militaire avec sa moustache épaisse, ses cheveux rasés et son pantalon bouffant. J’ai eu aussi la charmante surprise d’apprendre que je me trouverais seule dans son hôtel… Seule en Bosnie, seule dans un hôtel désert… Seule.
J’ai bloqué la porte de ma chambre avec mon lit… surtout ne pas plonger… surtout ne pas sombrer… Je me suis vue ne plus avoir la force de continuer, et je me questionnais inlassablement sur mes capacités à surmonter cette épreuve. Serais-je engloutie par le flot incessant de mes pensées ou réussirais-je à patienter de longues heures jusqu’au passage d’un hypothétique bus matinal qui me ramènerait en Croatie, à Dubrovnik ? De Dubrovnik, je pourrai enfin rentrer en France… enfin rentrer chez moi…
Ce sont mes parents qui m’ont soutenue durant cette longue lutte avec moi-même… Les voix de ma mère et de mon père me parvenaient à travers mon téléphone cellulaire et me rassuraient comme l’enfant que j’étais redevenue. Cette nuit-là, je ne me suis jamais sentie aussi seule et aussi soutenue…
J’ai dormi comme je le pouvais. À 5 heures et demie du matin, j’étais dehors, enveloppée d’une couverture que j’avais volée à l’hôtel parce que le car ne passait que vers 6 heures, qu’il faisait nuit noire et très froid, et que je ne voulais absolument pas rester une minute de plus dans ce village.
Je me suis laissé bercer par la chaleur du car qui me ramenait à Dubrovnik. Finalement, j’avais vu Medjugorje, le village des apparitions, de nuit seulement. Une seule et longue nuit. J’étais venue pour photographier le soleil, j’avais été incapable de sortir mon appareil photographique.
Le jour était revenu. Nous longions les côtes de Dalmatie. Au retour, rien ne s’est passé comme à l’aller. Les gens qui se trouvaient à bord étaient décontractés. Il y avait aussi un voyageur japonais. Après quatre check points passés très facilement, nous nous sommes arrêtés en Croatie dans un charmant café au bord de la mer. Le bleu profond de la mer et du ciel…
J’ai alors téléphoné à Yélé. Douce Yélé…
« Jana ! » C’est le prénom qu’elle m’avait choisi. Mon prénom était trop difficile à prononcer pour elle… Alors, lorsqu’elle avait vu, écrit sur mon passeport « Audrey, Jeanne, Alice », elle s’était contentée de traduire mon deuxième prénom en croate et de m’appeler ainsi.
Yélé était venue me chercher le soir de mon arrivée à Dubrovnik, deux jours plus tôt, dans une agence de voyages où j’avais atterri par hasard, ne sachant pas trop où passer la nuit. Par l’intermédiaire de cette agence, elle louait une chambre de sa maison.
Yélé était toute petite, habillée d’un imperméable noir. Ses cheveux étaient teints en noir aussi, tirés en chignon. Yélé avait un beau regard qu’un visage souriant illuminait. Elle devait peut-être avoir quatre-vingts ans. Yélé m’a accueillie chez elle comme un membre de sa famille…
Le mercredi 3 février 2010, vers 17 heures, après avoir réservé mon billet d’avion pour le lendemain afin de rentrer en France, je me trouvais donc sur le port de Dubrovnik. J’avais cinq pellicules dans mon sac et le soleil face à moi. J’ai photographié cet astre lumineux pendant une heure. Et en une heure seulement, je savais que j’avais été jusqu’au bout de mon projet, et d’un voyage qui, au départ, devait durer trois semaines… Près de 200 photographies plus tard, je rentrais chez Yélé. Elle m’avait gardé
une part de chacun des plats préparés spécialement pour sa famille, à l’occasion de la Saint-Blaise, patron de la ville.
À Dubrovnik, ce jour-là, c’était jour de fête.
Audrey Armand
Dimanche 21 février 2010
“Miracle-Oracle” was conceived as is a poem. The space of a instant,the words are there… And then you have to move fast, very fast, and getthem down on paper.
The moment of grace took place on the 3rd February 2010 at about5p.m.… I was in Dubrovnik on the old port… I was disconcerted becausefor the past three days my journey had seemed more like a shock thanthe rediscovery of a familiar country. The previous evening, I had leftCroatia by bus to cross the Bosnian border and go to Medjugorje, thevillage of the apparitions of the Virgin since 1981. I had been in the habitof going there as a child.
In the bus, little by little, both the nighttime and fear darkened my mood.Three check points with ID controls and a long wait at the border… Whileawaiting our entry visas, the drivers looked drawn. The faces aroundme were tense. There were about ten of us who were going to differentBosnian villages. Apart from two young Turkish women, the travellerswere from all over the place. Nobody seemd inclined to talk, maybethey didn’t even speak English… It was impossible to tell, they didn’tanswer my questions. It was on arriving in Mostar that their faces beganto gradually relax. One of the young Turkish women then offered me asavoury biscuit that I accepted. She spoke perfect English, but hadn’topened her mouth during the journey because, as she explained, she hadbeen petrified for the last few hours. At the last check point, her passportcheck had been somewhat harsh… Now she was smiling, smiling at me,and her smile calmed my fears. The driver, the smaller of the two, alsocame up to me… He kept repeating : “ Medjugorje ! Medjugorje !” He wastrying to be reassuring. Behind I heard heart-felt cries : “You have savedmy little girl, the worst is behind us !”…
The unease stayed with me until my hurried return to France… But,for now, I was very much there, alone, lost in a country where the nightdarkened my vision.
On booking my return ticket from Dubrovnik to Medjugorje, I hadn’trealized I would be passing through Mostar… I didn’t want to go throughthe town… For me Mostar always evoked 1992 and the bitter memoriesof my family’s brief stay in Medjugorje, in Yugoslavia… At that time, thewar had been raging… But fate sometimes decides otherwise. ThusI had a vision, fragmented and nocturnal, of the town that had beendevastated by the war twenty years earlier. My mind, made fragile byfear, took a plunge… My gaze ran over the walls of the houses where thebullet marks formed so many constellations. A renovated house, covered
with fresh paint, then ten houses covered in gaping holes and so on…
It was 9 p.m. when I finally arrived in Medjugorje. I was the only one to getout at that stop. The night was darker still, the cold of the countrysidechilled my heart. I had no trouble finding my hotel. As the drivers had toldme, it was just beside the bus station.
It was Dragan, a large, thick-set man, who greeted me with a wide smile. Helooked like a soldier with his bushy mustache, his shorn head and hisbaggy trousers. I also had the delightful surprise of learning that I wouldbe alone in his hotel… Alone in Bosnia, alone in a deserted hotel… Alone.
I blocked my bedroom door with my bed… I mustn’t give way… mustn’tlet go…I didn’t think I had the strength to go on, and I questioned myselfendlessly on my capacity to overcome this ordeal. Would I drown in theincessant flow of my thoughts or would I succeed in waiting out the longhours until the arrival of a hypothetical morning bus that would take meback to Croatia, to Dubrovnik? From Dubrovnik, I could finally get back toFrance…finally go home…
It was my parents who got me through that long night in my struggleagainst myself…The voices of my mother and father reached to methrough my mobile phone and comforted me in the child-like state towhich I had reverted. That night, I have never felt as alone and yet socomforted…
I slept as I could. At 5.30 a.m., I was outside, wrapped up in a blanketI had stolen from the hotel because the bus only came through at about 6,that it was still completely dark and very cold, and I absolutely didn’twant to spend another minute in this village.I let myself be soothed by the heat in the bus that took me back toDubrovnik. In the end I had seen Medjugorje, the village of the apparitions,only by night. One single long night. I had come here to photograph thesun, but I had been incapable of getting my camera out.
Daytime returned. We followed the Dalmatian coast. On the way back,nothing was like on the outward journey. The people on board wererelaxed. There was also a Japanese traveller. After four check points,that we went through easily, we stopped in Croatia in a charming café bythe sea. The deep blue of the sea and the sky…
That’s when I phoned Yélé. Sweet Yélé…
“Jana!” It’s the name she had chosen for me. My own name was toodifficult for her to pronounce… So when she saw, written on my passport“Audrey, Jeanne, Alice”, she had made do with translating my secondname into Croatian and calling me that.
Yélé had come to meet me on the night of my arrival in Dubrovnik, twodays earlier, in a travel agents where I ended up by chance, not reallyknowing where to spend the night. She rented a room in her housethrough the agency.
Yélé was tiny, dressed in a black raincoat. Her hair was dyed black too,pulled back in a bun. Yélé had beautiful eyes that lit up when she smiled.She must have been about twenty-four. Yélé welcomed me into her homeas if I were family…
On 3rd February 2010, at about 5 p.m., once I had booked my planeticket for the next day to go back to France, I found myself, then, onthe port of Dubrovnik. I had five films left in my bag and the sun in myface. I photographed the luminous star for an hour. And in just one hour,I knew that I had reached the end of my project, and of a journey that,in the beginning, was only to have lasted three weeks… Nearly 200photographs later, I went back to Yélé’s. She had kept me a portion ofeach of the dishes prepared specially for her family, on the occasion ofthe Saint-Blaise, patron saint of the town.
In Dubrovnik, that day, it was a public holiday.
Audrey Armand
Sunday 21st February 2010
Cet instant de grâce s’est produit le 3 février 2010 vers 17 heures… J’étais à Dubrovnik sur le vieux port… J’étais désemparée car depuis trois jours mon voyage ressemblait plus à un choc qu’à une redécouverte d’un pays familier. La veille au soir, j’étais partie en bus de la Croatie pour passer la frontière bosniaque et me rendre à Medjugorje, le village des apparitions de la Vierge depuis 1981. J’avais l’habitude de m’y rendre étant enfant.
Dans le bus, la nuit et la peur assombrissaient peu à peu mon esprit. Trois check points avec contrôle d’identité avant une longue attente à la frontière… En attendant nos visas d’entrée, les chauffeurs avaient les traits tirés. Les visages, autour de moi, étaient tendus. Nous étions une dizaine à nous rendre dans différents villages bosniaques. À part deux jeunes femmes turques, les voyageurs étaient tous du pays. Personne n’avait l’air de vouloir parler, peut-être même, d’ailleurs, que personne ne parlait l’anglais… Impossible de savoir, on ne répondait pas à mes questions. C’est en arrivant à Mostar que les visages se sont peu à peu décrispés. L’une des jeunes femmes turques m’a alors proposé un gâteau salé, que j’ai accepté. Elle parlait parfaitement
l’anglais, mais n’avait pas ouvert la bouche du voyage parce que, m’expliqua-t-elle, elle avait été terrorisée durant ces dernières heures. Au dernier check point, le contrôle de son passeport avait été plutôt rude… Maintenant, elle souriait, elle me souriait, et son sourire calmait mes angoisses. Le chauffeur, le plus petit des deux, est aussi venu vers moi… Il me répétait inlassablement : « Medjugorje ! Medjugorje ! » Il se voulait rassurant. J’entendais à travers ces cris du cœur : « Vous êtes sauvée ma petite, le plus dur est derrière nous ! »…
Le trouble ne m’a plus quittée jusqu’à mon retour précipité en France… Mais, pour l’instant, j’étais bien là, seule, perdue dans un pays où la nuit assombrissait ma vision.
En prenant mon billet aller-retour Dubrovnik-Medjugorje, je n’avais pas compris que je passerais par Mostar… Je ne voulais pas passer par cette ville… Mostar m’évoquait toujours 1992 et l’amer souvenir d’un court séjour de ma famille à Medjugorje, en Yougoslavie… À cette époque-là, la guerre faisait rage… Mais le destin parfois en décide autrement. J’ai donc eu la vision, parcellaire et nocturne, d’une ville qu’une guerre a dévastée vingt ans plus tôt. Mon esprit fragilisé par la peur a, alors, totalement plongé… Mon regard parcourait les murs des maisons dont les impacts de balles étaient autant de constellations. Une maison rénovée, immaculée de peinture fraîche et dix maisons maculées de trous béants et ainsi de suite…
Il était 21 heures lorsque je suis enfin arrivée à Medjugorje. J’étais la seule à descendre à cet arrêt. La nuit était plus profonde encore, le froid de la campagne me glaçait le cœur. Je n’ai eu aucun mal à trouver mon hôtel. Comme les chauffeurs me l’avaient indiqué, il se situait juste à côté de la gare routière. C’est Dragan, un homme grand et bien bâti, qui m’a accueillie avec un chaleureux sourire. Il avait l’air d’un militaire avec sa moustache épaisse, ses cheveux rasés et son pantalon bouffant. J’ai eu aussi la charmante surprise d’apprendre que je me trouverais seule dans son hôtel… Seule en Bosnie, seule dans un hôtel désert… Seule.
J’ai bloqué la porte de ma chambre avec mon lit… surtout ne pas plonger… surtout ne pas sombrer… Je me suis vue ne plus avoir la force de continuer, et je me questionnais inlassablement sur mes capacités à surmonter cette épreuve. Serais-je engloutie par le flot incessant de mes pensées ou réussirais-je à patienter de longues heures jusqu’au passage d’un hypothétique bus matinal qui me ramènerait en Croatie, à Dubrovnik ? De Dubrovnik, je pourrai enfin rentrer en France… enfin rentrer chez moi…
Ce sont mes parents qui m’ont soutenue durant cette longue lutte avec moi-même… Les voix de ma mère et de mon père me parvenaient à travers mon téléphone cellulaire et me rassuraient comme l’enfant que j’étais redevenue. Cette nuit-là, je ne me suis jamais sentie aussi seule et aussi soutenue…
J’ai dormi comme je le pouvais. À 5 heures et demie du matin, j’étais dehors, enveloppée d’une couverture que j’avais volée à l’hôtel parce que le car ne passait que vers 6 heures, qu’il faisait nuit noire et très froid, et que je ne voulais absolument pas rester une minute de plus dans ce village.
Je me suis laissé bercer par la chaleur du car qui me ramenait à Dubrovnik. Finalement, j’avais vu Medjugorje, le village des apparitions, de nuit seulement. Une seule et longue nuit. J’étais venue pour photographier le soleil, j’avais été incapable de sortir mon appareil photographique.
Le jour était revenu. Nous longions les côtes de Dalmatie. Au retour, rien ne s’est passé comme à l’aller. Les gens qui se trouvaient à bord étaient décontractés. Il y avait aussi un voyageur japonais. Après quatre check points passés très facilement, nous nous sommes arrêtés en Croatie dans un charmant café au bord de la mer. Le bleu profond de la mer et du ciel…
J’ai alors téléphoné à Yélé. Douce Yélé…
« Jana ! » C’est le prénom qu’elle m’avait choisi. Mon prénom était trop difficile à prononcer pour elle… Alors, lorsqu’elle avait vu, écrit sur mon passeport « Audrey, Jeanne, Alice », elle s’était contentée de traduire mon deuxième prénom en croate et de m’appeler ainsi.
Yélé était venue me chercher le soir de mon arrivée à Dubrovnik, deux jours plus tôt, dans une agence de voyages où j’avais atterri par hasard, ne sachant pas trop où passer la nuit. Par l’intermédiaire de cette agence, elle louait une chambre de sa maison.
Yélé était toute petite, habillée d’un imperméable noir. Ses cheveux étaient teints en noir aussi, tirés en chignon. Yélé avait un beau regard qu’un visage souriant illuminait. Elle devait peut-être avoir quatre-vingts ans. Yélé m’a accueillie chez elle comme un membre de sa famille…
Le mercredi 3 février 2010, vers 17 heures, après avoir réservé mon billet d’avion pour le lendemain afin de rentrer en France, je me trouvais donc sur le port de Dubrovnik. J’avais cinq pellicules dans mon sac et le soleil face à moi. J’ai photographié cet astre lumineux pendant une heure. Et en une heure seulement, je savais que j’avais été jusqu’au bout de mon projet, et d’un voyage qui, au départ, devait durer trois semaines… Près de 200 photographies plus tard, je rentrais chez Yélé. Elle m’avait gardé
une part de chacun des plats préparés spécialement pour sa famille, à l’occasion de la Saint-Blaise, patron de la ville.
À Dubrovnik, ce jour-là, c’était jour de fête.
Audrey Armand
Dimanche 21 février 2010
“Miracle-Oracle” was conceived as is a poem. The space of a instant,the words are there… And then you have to move fast, very fast, and getthem down on paper.
The moment of grace took place on the 3rd February 2010 at about5p.m.… I was in Dubrovnik on the old port… I was disconcerted becausefor the past three days my journey had seemed more like a shock thanthe rediscovery of a familiar country. The previous evening, I had leftCroatia by bus to cross the Bosnian border and go to Medjugorje, thevillage of the apparitions of the Virgin since 1981. I had been in the habitof going there as a child.
In the bus, little by little, both the nighttime and fear darkened my mood.Three check points with ID controls and a long wait at the border… Whileawaiting our entry visas, the drivers looked drawn. The faces aroundme were tense. There were about ten of us who were going to differentBosnian villages. Apart from two young Turkish women, the travellerswere from all over the place. Nobody seemd inclined to talk, maybethey didn’t even speak English… It was impossible to tell, they didn’tanswer my questions. It was on arriving in Mostar that their faces beganto gradually relax. One of the young Turkish women then offered me asavoury biscuit that I accepted. She spoke perfect English, but hadn’topened her mouth during the journey because, as she explained, she hadbeen petrified for the last few hours. At the last check point, her passportcheck had been somewhat harsh… Now she was smiling, smiling at me,and her smile calmed my fears. The driver, the smaller of the two, alsocame up to me… He kept repeating : “ Medjugorje ! Medjugorje !” He wastrying to be reassuring. Behind I heard heart-felt cries : “You have savedmy little girl, the worst is behind us !”…
The unease stayed with me until my hurried return to France… But,for now, I was very much there, alone, lost in a country where the nightdarkened my vision.
On booking my return ticket from Dubrovnik to Medjugorje, I hadn’trealized I would be passing through Mostar… I didn’t want to go throughthe town… For me Mostar always evoked 1992 and the bitter memoriesof my family’s brief stay in Medjugorje, in Yugoslavia… At that time, thewar had been raging… But fate sometimes decides otherwise. ThusI had a vision, fragmented and nocturnal, of the town that had beendevastated by the war twenty years earlier. My mind, made fragile byfear, took a plunge… My gaze ran over the walls of the houses where thebullet marks formed so many constellations. A renovated house, covered
with fresh paint, then ten houses covered in gaping holes and so on…
It was 9 p.m. when I finally arrived in Medjugorje. I was the only one to getout at that stop. The night was darker still, the cold of the countrysidechilled my heart. I had no trouble finding my hotel. As the drivers had toldme, it was just beside the bus station.
It was Dragan, a large, thick-set man, who greeted me with a wide smile. Helooked like a soldier with his bushy mustache, his shorn head and hisbaggy trousers. I also had the delightful surprise of learning that I wouldbe alone in his hotel… Alone in Bosnia, alone in a deserted hotel… Alone.
I blocked my bedroom door with my bed… I mustn’t give way… mustn’tlet go…I didn’t think I had the strength to go on, and I questioned myselfendlessly on my capacity to overcome this ordeal. Would I drown in theincessant flow of my thoughts or would I succeed in waiting out the longhours until the arrival of a hypothetical morning bus that would take meback to Croatia, to Dubrovnik? From Dubrovnik, I could finally get back toFrance…finally go home…
It was my parents who got me through that long night in my struggleagainst myself…The voices of my mother and father reached to methrough my mobile phone and comforted me in the child-like state towhich I had reverted. That night, I have never felt as alone and yet socomforted…
I slept as I could. At 5.30 a.m., I was outside, wrapped up in a blanketI had stolen from the hotel because the bus only came through at about 6,that it was still completely dark and very cold, and I absolutely didn’twant to spend another minute in this village.I let myself be soothed by the heat in the bus that took me back toDubrovnik. In the end I had seen Medjugorje, the village of the apparitions,only by night. One single long night. I had come here to photograph thesun, but I had been incapable of getting my camera out.
Daytime returned. We followed the Dalmatian coast. On the way back,nothing was like on the outward journey. The people on board wererelaxed. There was also a Japanese traveller. After four check points,that we went through easily, we stopped in Croatia in a charming café bythe sea. The deep blue of the sea and the sky…
That’s when I phoned Yélé. Sweet Yélé…
“Jana!” It’s the name she had chosen for me. My own name was toodifficult for her to pronounce… So when she saw, written on my passport“Audrey, Jeanne, Alice”, she had made do with translating my secondname into Croatian and calling me that.
Yélé had come to meet me on the night of my arrival in Dubrovnik, twodays earlier, in a travel agents where I ended up by chance, not reallyknowing where to spend the night. She rented a room in her housethrough the agency.
Yélé was tiny, dressed in a black raincoat. Her hair was dyed black too,pulled back in a bun. Yélé had beautiful eyes that lit up when she smiled.She must have been about twenty-four. Yélé welcomed me into her homeas if I were family…
On 3rd February 2010, at about 5 p.m., once I had booked my planeticket for the next day to go back to France, I found myself, then, onthe port of Dubrovnik. I had five films left in my bag and the sun in myface. I photographed the luminous star for an hour. And in just one hour,I knew that I had reached the end of my project, and of a journey that,in the beginning, was only to have lasted three weeks… Nearly 200photographs later, I went back to Yélé’s. She had kept me a portion ofeach of the dishes prepared specially for her family, on the occasion ofthe Saint-Blaise, patron saint of the town.
In Dubrovnik, that day, it was a public holiday.
Audrey Armand
Sunday 21st February 2010